Le livre
 



Le roman d'une paix –
Vie et œuvre du peintre
Emile Cossey,
paysagiste pastelliste
(1887-1980)
.
 

Ecrit par Maurice Cossey, fils cadet d'Emile Cossey, ce livre, d'un format de 31 X 23 cm et de 228 pages, a été achevé d'imprimer à 500 exemplaires en octobre 2013 sur les presses de Snel à Vottem (Liège), en Belgique.

Il comporte 56 illustrations en noir et blanc et 65 illustrations couleurs.

La photogravure, la conception graphique, la mise en page et la reliure sont l'œuvre de Snel.

Flavio De Beni en est l'éditeur bénévole.

ISBN 978-2-930669-01-4.

Ce livre peut être acheté au prix de 39,90 euros (frais d'emballage et de port à ajouter en cas d'envoi postal) à :

En juin 2015, l'auteur a réalisé un addendum (fichier ACROBAT de 590 Ko) comportant la table des illustrations, des errata et un index détaillé (lieux, noms, références...).

Le 23 novembre 2017, l'auteur a fait imprimer une note (fichier ACROBAT de 4,9 Mo) intitulée Note sur les constantes structurales dans les pastels du peintre paysagiste émile Cossey (1887-1980). Cette note est suivie de Monsieur Paul ou Le piège du détail dans la peinture paysagère.

Préface
de Constantin Chariot

La Chambre des Amours…

Il est de ces livres qui entrent dans notre vie comme des personnes. Ici, précisément, l’ouvrage et son auteur ne font qu’un. L’un et l’autre m’habitent depuis des années ; leur fréquentation m’enrichit.

Lorsque j’ai rencontré Maurice Cossey au Musée gaumais, dans le début des années 2000, je n’imaginais pas alors à quel point cet homme allait investir en moi. Sur son invitation à découvrir l’œuvre de son père Emile Cossey, dont j’ignorais tout, je me rendis à Profondeville, avenue des Aubépines, à l’époque où cet arbre est en fleurs. Je rencontrai le duo que formaient alors, dans leur quiétude simple, Renée et Maurice. Ils m’accueillirent chaleureusement et simplement, ce qui est le propre des personnes au coeur grand et à l’esprit ouvert.

J’y découvris, comme enchâssé dans la verdure, l’écrin d’une œuvre surprenante et bouleversante. Ce livre en est aujourd’hui la lumineuse explication. Lors de cette après-midi mémorable, j’exprimai sans retenue mon ressenti, en des mots vrais, et fis part de mon émotion au regard d’une œuvre méconnue, produite inlassablement et régulièrement au cours d’une vie entière, par un être sensible à l’extrême. Sans doute mes mots sonnaient-ils juste, mon émotion était spontanée, le contact humain évident… Nous étions tous trois, Renée, Maurice et moi, dans l’égrégore propre aux moments de parfaite communion sensible, à l’instant d’un éveil commun à la beauté.

A mesure que défilaient sous mes yeux les paysages lumineux ou sourds d’Emile Cossey, se dessinait en moi le paysage mental de l’horizon pacifié de sa vie. Cette existence fut marquée non par la recherche d’une paix pour elle-même, mais par la fabrication quotidienne d’un nécessaire antidote à la turbulence intérieure à laquelle sont en proie les êtres hypersensibles. Je m’identifiai à cette vie, à cette paix à laquelle Maurice consacre ce roman… Le "Roman d’une Paix" est le récit véridique d’une tempête intérieure domptée par le désir de peinture; ce désir fulgurant et brûlant, blessure et extase à la fois, qui pousse à dessiner avec une rage compulsive, faite de révolte, qui dicte sa loi implacable à l’artiste, l’asservit complètement et, finalement, le domine. Alors seulement, le peintre, l’artiste, quel qu’il soit, trouve la paix, sa paix.

L’œuvre, double, à quatre mains, de Maurice et d’Emile s’agrège ici en une seule et même matière que leur esprit anime, en totale concordance. C’est l’improbable tour de force auquel s’est livré Maurice que de nous donner à lire une condensation quintessencielle de deux êtres et d’une œuvre, en un seul livre. Ce fait est suffisamment unique pour être souligné. Car c’est réellement de l’addition de deux talents que naît ce roman : celui de peindre, celui de dépeindre, dans une même sensibilité, un sujet et un objet.

La mémoire est faite de cette nature pulvérulente du pastel, qui s’efface avec le temps, à mesure que se tournent les pages du grand carnet de la vie… Parfois, un léger papier de soie protège le dessin. La délicatesse de ce papier, qui se déchire ou se froisse à la moindre brise, est à l’image du travail immense auquel s’est livré Maurice, pendant tant d’années. Maurice Cossey, conscient de sa sonore fragilité, a patiemment collationné la mémoire de son père, en mettant ses pas dans les siens, en revivant son existence et en mettant bout à bout les souvenirs de ses souvenirs. Comme dans ce carnet, l’action de Maurice, s’acquittant d’un devoir de mémoire envers son père, sert de papier de soie à la fixation des couleurs de sa vie. Entreprise démesurée, folle et… aboutie. Mon admiration pour Maurice Cossey est grande. Il a réalisé ce que peu feront de la mémoire de l’auteur de leurs jours : une savante architecture de la pensée.

Cette sensibilité qu’Emile transmit à Maurice est un cadeau, mais aussi un fardeau. Emile s’en libère par la peinture, Maurice s’en affranchit par l’écriture… sur la peinture de son père ! Cette forme de tautologie, de mise en abyme, donne le vertige ; c’est tout l’intérêt de ce livre. En se libérant de ces morceaux de vie qu’il n’aura que trop longtemps contenus, il les livre désormais à la feuille de papier, tels les traits d’un dessin. Il fut à bonne école !

Cette catharsis est libératoire, tout autant pour le lecteur que je suis. Je ne peux manquer de me retrouver, de me reconnaître, dans ce que Maurice dit de ce qu’Emile vit. Mon père à moi est peintre, lui aussi. Cette relation alchimique entre un père artiste et son fils relève de l’indicible… Maurice Cossey a ici percé la mystérieuse frontière du langage en fabriquant savamment, au-delà des mots, le philtre du souvenir proustien, spectateur solitaire d’un film muet dont la projection s’adresse à moi seul. A ce titre, ce "Roman d’une Paix" touche à l’universel.

Des préfaces, j’en ai déjà écrit beaucoup. Mais celle-ci m’apparaît particulièrement périlleuse. Comment, à la lecture du récit de cette vie, composer une préface qui ne serait pas la pauvre paraphrase d’une telle oeuvre ? Face à tant d’intimité, tant d’intelligence, et une telle perfection de style et de fond, comment ne pas faire figure de préfacier bavard, qui usurpe une place en tête d’ouvrage, alors qu’en fait, tout est dit, à la perfection. Un fils qui parle de son père, dans la vérité de leur rapport secret (sur lequel fut fondée une religion deux fois millénaire), filial, amical et naturel : comment apparaît ce préfacier qui ajoute les lignes d’une préface cabotine et mièvre, tellement en-deçà de ce que Maurice et son père ont créé à deux ? L’intimité du sujet, le choix subtil des mots, l’insinuation intuitive de la pensée au creux de l’être le plus profond… Je me sens inopportun dans cette préface que me réclame l’amitié de Maurice, tel un gêneur à la porte d’une "chambre des amours".

Restons donc à l’extérieur de cette chambre, et gardons la nôtre. Celle dans laquelle nous maintient ce livre. A notre manière, vivons à travers le récit de Maurice cette intimité personnelle et relions-la à ce que nous savons de ce qu’elle nous apporte, en mémoire ou en vécu, comme témoignage de nos propres existences, de nos relations à notre passé, à notre famille, à notre mère, à notre père, qu’il soit spirituel ou non.

Lorsque le bonheur ou la mélancolie seront trop puissants, regardons par la fenêtre de notre chambre, et aérons-nous de l’infinie grandeur des paysages qu’Emile Cossey aimait à caresser de sa touche.

Constantin Chariot
Conservateur honoraire des Musées gaumais ;
Conservateur général honoraire des Musées de la ville de Liège ;
Directeur de l’Institut Bruno Lussato, Bruxelles.
Décembre 2012